Réseau Alumni du Crem : 5 portraits
À travers leurs portraits, découvrez le parcours de cinq de nos alumni. Sujet de thèse, déroulement du doctorat, projets de recherche, perspectives professionnelles : ils partagent leur expérience et reviennent sur les étapes marquantes de leur parcours.
Adeline Florimond-Clerc – Delphine Le Nozach – Julien Falgas – Sébasiten Genvo – Sophie Hélène Goulet
Adeline Florimond-Clerc

Quel était le sujet de votre thèse ?
Mon sujet de thèse portait sur la médiation littéraire. Mon terrain d’enquête était le Livre sur la Place, le premier salon du livre de la rentrée littéraire qui a lieu, chaque année, à Nancy.
Qu’est-ce que cela vous a apporté de réaliser un travail de doctorat ? Quelles compétences ?
Je dirais d’abord un esprit critique et de synthèse, la rigueur des méthodes d’enquête (questionnaires, entretiens, observations, analyse de corpus) et une capacité d’écoute (essentielle quand on recueille des récits de vie). J’ai également gagné en autonomie et en persévérance, car la thèse est avant tout un travail de longue haleine. Enfin, cela m’a permis de développer ma confiance en moi, notamment après la soutenance.
Qu’est-ce qui vous a donné envie de devenir enseignante-chercheuse ?
Je le dois à des enseignant·es-chercheur·ses passionné·es que j’ai eu la chance de rencontrer pendant mes années à la fac. Je me souviens m’être dit que cela devait être extraordinaire de faire de sa passion son métier. Depuis toute petite, je me suis toujours sentie bien sur les bancs de l’école. Finalement, je n’en suis jamais partie et, pourtant, aucun jour ne ressemble à un autre.
Quels conseils pourriez-vous donner à des jeunes étudiant·es qui s’engagent dans une thèse ?
Le travail de thèse est un travail bien souvent solitaire. Il est nécessaire de ne pas s’enfermer au risque de ne jamais terminer le travail engagé. En cela, les associations de doctorants et les formations doctorales sont des espaces de sociabilité précieux. Les séminaires de recherche organisés par le laboratoire permettent de rencontrer des collègues qui ont tous·tes vécu cette expérience unique du doctorat. Il suffit parfois d’un échange, d’une phrase, d’un mot pour débloquer une situation que l’on croyait sans issue.
Delphine Le Nozach

Quel était le sujet de votre thèse ?
Soutenue en octobre 2010 à l’Université Nancy 2, ma thèse de doctorat portait sur Les insertions de produits et de marques dans le cinéma français contemporain. Elle visait à analyser les interactions entre les logiques de création cinématographique et les pratiques communicationnelles associées aux industries culturelles. Ce travail proposait une analyse de la présence des produits et des marques à l’écran, en mobilisant un cadre théorique sémiologique et communicationnel destiné à interroger leurs modalités d’inscription, de visibilité et de signification dans les films. Les produits et les marques y étaient appréhendés comme des dispositifs participant aux logiques de mise en scène et à l’organisation du récit filmique, contribuant à la production de sens et à la structuration des univers fictionnels.
Qu’est-ce que cela vous a apporté de réaliser un travail de doctorat ? Quelles compétences ?
Réaliser un doctorat a été pour moi une expérience à la fois intellectuelle et humaine, qui m’a permis d’acquérir des connaissances approfondies tout en développant des compétences transversales que j’utilise encore aujourd’hui. Ce parcours m’a d’abord formée à la recherche, grâce à une thèse à l’intersection du cinéma et de la communication, où j’ai articulé réflexion théorique, analyse de films, entretiens et outils sémiologiques pour étudier la construction du sens et les dynamiques culturelles contemporaines. Il m’a également permis de développer de solides compétences en gestion de projet, en planifiant les différentes étapes d’un travail au long cours, en organisant la collecte et l’analyse des données et en respectant des échéances institutionnelles. Enfin, les activités de diffusion et de valorisation de mes travaux ont renforcé mes compétences en communication scientifique, notamment dans l’adaptation de mes discours à des publics variés et dans la mise en lumière des résultats de la recherche.
Qu’est-ce qui vous a donné envie de devenir enseignante-chercheuse ?
Mon engagement dans la recherche est avant tout né d’une passion pour mon sujet et d’un désir constant de continuer à chercher, à interroger et à approfondir les objets qui m’animent, en particulier le cinéma. Le travail de recherche s’est construit comme un espace de liberté intellectuelle, afin d’explorer les œuvres filmiques, leurs dispositifs narratifs et leurs inscriptions communicationnelles dans une démarche toujours en mouvement. Le métier d’enseignante-chercheuse donne sens à cette dynamique en articulant recherche et formation. Il permet de partager cet engagement avec les étudiant·es, de faire circuler les savoirs et de nourrir les enseignements par les recherches en cours, tout en laissant une place privilégiée aux échanges, à la réflexion collective et aux projets communs.
Quels conseils pourriez-vous donner à des jeunes étudiant·es qui s’engagent dans une thèse ?
Choisir un sujet qui suscite une réelle passion ! Cet intérêt profond constitue un moteur essentiel pour maintenir l’engagement dans la durée et donner du sens au travail de recherche.
Rester curieux·se et ouvert·e aux idées nouvelles. La recherche se nourrit d’échanges, de discussions et de regards croisés, pour enrichir les perspectives et renouveler les questionnements.
Diffuser ses travaux dès les premières étapes de la thèse. Cette mise en circulation des résultats permet de gagner en visibilité et de développer des échanges scientifiques durables.
S’engager dans des actions de médiation scientifique. Le partage des résultats de recherche avec des publics variés met en perspective les travaux, en renforce la portée sociale et rapproche l’Université de la société.
Julien Falgas

Quel était le sujet de votre thèse ?
Sous la direction de Brigitte Simonnot, j’ai choisi le terrain de deux récits présentés comme des « bandes dessinées numériques » au début des années 2010 : Les Autres gens (Thomas Cadène et al., Marcinelle, Dupuis, 18 vols, 2010-2012) et Mediaentity.net (Simon Kansara, Émilie Tarascou et Hubert, Paris, Delcourt, 16 vols, 2012-2018) J’ai voulu comprendre comment des auteur·ices s’emparaient de nouveaux dispositifs de publication afin d’imaginer des formes narratives novatrices, mais aussi comment leurs publics ont pu adhérer à ces propositions inattendues malgré l’offre pléthorique des industries culturelles dans des formats bien mieux identifiés.
L’accès direct aux auteur·ices comme aux lecteur·ices des récits m’a permis d’expliquer le processus d’innovation narrative et de constater qu’être « fan » n’impliquait pas nécessairement une participation observable en ligne (contrairement à ce que les travaux académiques laissaient penser jusqu’alors). En fin de thèse, j’ai réalisé que les écosystèmes numériques offraient de moins en moins la possibilité de proposer et de pérenniser de nouvelles formes narratives. Cette prise de conscience a été source de profondes remises en question.
Qu’est-ce que cela vous a apporté de réaliser un travail de doctorat ? Quelles compétences ?
À la faveur d’un congé de formation, après une demi-douzaine d’années d’expérience en tant que concepteur/rédacteur de sites web à l’université de Metz, j’ai pu dégager l’équivalent d’un mi-temps pour m’engager dans l’aventure doctorale. Enthousiaste devant les promesses du numérique, je voulais comprendre ce qui retenait l’émergence d’une scène professionnelle dans le domaine de la bande dessinée numérique (auquel j’avais consacré un annuaire, mon mémoire de maîtrise d’arts plastiques et une plateforme d’hébergement).
Tout en me dotant de compétences de recherche en sciences sociales, la thèse m’a apporté un regard critique sur le web et le numérique en général. J’ai commencé à réaliser le rôle que jouent les grandes firmes du numérique dans la détérioration des conditions d’expression : cela touche non seulement les fictions, mais aussi les informations, les connaissances ou les idées. Cette préoccupation viscérale pour l’expression humaine m’a conduit à imaginer un dispositif alternatif qui mise sur l’intelligence collective : needle.social
Qu’est-ce qui vous a donné envie de devenir enseignant-chercheur ?
Déjà enseignant dans les formations d’infocom, la thèse était l’occasion d’y ajouter l’expérience de la recherche. Lorsque j’ai repris pleinement mes activités à la direction de la communication de l’Université de Lorraine et que j’ai eues à cœur de maintenir une activité de recherche et d’enseignement, il s’est avéré de plus en plus difficile de concilier les constats issus de mes travaux avec les injonctions à communiquer sur des réseaux sociaux numériques dont les travers sont aujourd’hui de notoriété publique.
Peu mobile géographiquement pour des raisons familiales, il aura fallu 5 ans avant de décrocher un poste de maître de conférences. Entretemps, les compétences acquises ont bénéficié à la conception d’un dispositif contributif : le site d’information de l’Université de Lorraine Factuel. Chargé de la promotion de la recherche universitaire, j’ai également pu accompagner les premières années d’existence du média The Conversation France. Enfin, le projet needle.social m’a conduit à découvrir l’univers de la valorisation de la recherche et même à guider des projets pour l’Incubateur Lorrain.
Quels conseils pourriez-vous donner à des jeunes étudiant·es qui s’engagent dans une thèse ?
Il me semble primordial de bien identifier la source de sa motivation et de s’interroger sur les débouchés professionnels que l’on souhaite privilégier. Je n’avais anticipé ni l’épreuve des campagnes de recrutement d’enseignants-chercheurs, ni le fait qu’un doctorat ne serait pas reconnu pour ma progression de carrière dans la filière administrative. L’après-thèse aura été bien plus éprouvante que la thèse proprement dite.
Sébastien Genvo

Quel était le sujet de votre thèse ?
Ma thèse portait sur les enjeux interculturels du game design de jeux vidéo. Il s’agissait d’interroger la façon dont un même jeu, issu d’une industrie globalisée, pouvait engager des joueur·euses de cultures diversifiées. Je l’ai soutenue en 2006 et elle était la première en France à porter directement sur ce média. À cette époque, elle participait d’un mouvement d’émergence des recherches en sciences du jeu et en game studies dans le monde francophone et à l’international.
Il n’y avait donc encore que peu de travaux permettant d’apporter des réponses théoriques et analytiques. Un important chantier a été de définir de nombreuses notions (game design, gameplay, etc.) et de trouver des méthodes d’analyse adaptées, tant pour les modèles socio-économiques de cette industrie, que pour les analyses de contenus ou d’usages, ma thèse articulant l’ensemble de ces aspects. J’ai eu la chance de pouvoir trouver un directeur de thèse ouvert à ces questions à un moment où il y avait encore beaucoup de réticences à considérer cet objet comme un thème de recherche légitime ! De façon plus générale, les sciences de l’information et de la communication se sont d’ailleurs positionnées très tôt sur l’étude des jeux vidéo, alors qu’aujourd’hui encore cela peut être compliqué dans d’autres champs disciplinaires.
Qu’est-ce que cela vous a apporté de réaliser un travail de doctorat ? Quelles compétences ?
Je dirais que la réalisation d’une thèse est en premier lieu une expérience de vie qui permet une autre appréhension du monde. C’est un véritable enrichissement personnel et humain, que ce soit en termes de connaissances apportées, de moments de rencontres, de joie, de persévérance et surtout d’échanges. Car, après tout, pour moi, la recherche consiste à partager des réflexions et faire avancer le savoir à travers le dialogue. Celui-ci peut s’effectuer de façon directe, en croisant la route d’autres chercheur·ses, d’étudiant·es, de citoyen·nes… Mais cette conversation peut aussi être indirecte, en prenant connaissance de ce qui s’est fait avant nous, ou ailleurs, et d’en discuter à travers des articles, etc.
Apprendre à fonder et construire un sens, le fixer, le rendre partageable, le transformer en connaissances, c’est l’itinéraire qu’emprunte chaque personne se lançant dans l’aventure scientifique. Cela conduit à développer une myriade de compétences et, surtout, une plus grande connaissance de soi et du monde.
Qu’est-ce qui vous a donné envie de devenir enseignant-chercheur ?
J’ai toujours été passionné par la création, notamment par des médias audiovisuels et numériques. J’ai donc effectué des études de cinéma et c’est à ce moment que j’ai découvert d’autres façons de comprendre ce médium, à travers l’histoire du domaine ou encore par des approches cognitivistes et sémiotiques. Cela m’a conduit à voir différemment cet art et m’a incité à faire le lien avec un autre domaine dans lequel je baigne depuis l’enfance, les jeux vidéo. Tout comme le cinéma, ceux-ci ont dû parcourir un itinéraire de légitimation pour être acceptés. Je me demandais alors s’il n’y avait pas lieu d’étudier le médium vidéoludique comme son grand frère cinématographique. À la suite de mes études, j’ai trouvé un poste de game designer dans une multinationale, au début des années 2000. Mais de nombreuses questions restaient en suspens, auxquelles j’étais confronté de façon très pratique. Comment raconter une histoire de façon interactive ? Comment faire naître une émotion par le jeu ? Quels sont les points communs ou singularités du jeu vidéo par rapport à d’autres médias ou formes d’expression ?
J’ai décidé de quitter mon poste pour entreprendre une thèse, car j’avais le sentiment qu’apporter des réponses à ces questions pouvait encore davantage m’épanouir professionnellement et personnellement, me rendre plus libre dans mes possibilités de création. En effet, dans un itinéraire d’enseignant-chercheur, j’ai retrouvé cette part créative qui ne m’a jamais quittée. Comme l’indiquait Gilles Deleuze, la philosophie tout comme l’art sont concernés par la création. Le philosophe crée des concepts. Je suis attaché à cette philosophie de la recherche. Dans mon parcours, je mène des travaux de recherche-création, en développant des concepts (par exemple, celui de jeux expressifs), puis en les mettant à l’épreuve de la création (en développant des jeux indépendants), les deux aspects se nourrissant l’un et l’autre. Et encore une fois, pouvoir partager ses idées et ses créations, leur donner une vie à part entière poursuivant chez d’autres, qui se les réapproprient et leur donnent d’autres formes, c’est un sentiment qui nous fait sentir vivant. C’est ce que constitue l’expérience d’enseignement. Pour moi, enseignement et recherche sont donc nécessairement liés, tout comme recherche et création.
Quels conseils pourriez-vous donner à des jeunes étudiant·es qui s’engagent dans une thèse ?
Il faut avoir une envie profonde, celle d’une curiosité constante qui vous accompagne dans différents moments de votre vie. La thèse devient dès lors un catalyseur de cette curiosité, de cette envie, d’un désir vers lequel il faut tendre afin d’aller de l’avant, celui de se sentir enrichi et grandi de cette expérience de vie. Je vous conseille aussi de trouver des façons de faire de cette aventure un jeu collectif, car la quête du savoir ne peut vraiment être atteinte qu’en étant partagée. Vivez la thèse comme un jeu d’aventure qui promet la découverte de nombreux trésors.
Sophie Hélène Goulet

Quel était le sujet de votre thèse ?
Ma thèse de doctorat en Sciences de l’information et de la communication (SIC), soutenue en 2014 à l’Université de Lorraine, portait sur la communication interculturelle dans le cadre de la promotion de l’immigration des ressortissants français au Québec. Elle analysait les dispositifs institutionnels de communication migratoire, les stratégies d’information et de promotion mises en place par les acteurs publics, ainsi que les représentations et parcours des candidats à l’immigration, dans un contexte marqué par des enjeux identitaires, linguistiques et culturels entre la France et le Québec. Mes travaux ont été encadrés par Sylvie Thiéblemont-Dolet, Professeure des universités émérite en SIC, rattachée au Centre de recherche sur les médiations (Crem).
Qu’est-ce que cela vous a apporté de réaliser un travail de doctorat ? Quelles compétences ?
La réalisation de ce doctorat m’a permis de développer des compétences approfondies en analyse des discours, en recherche qualitative et en sciences sociales appliquées aux phénomènes migratoires et interculturels. J’y ai acquis une forte rigueur méthodologique, une capacité à conduire des enquêtes de terrain et à produire et valoriser des travaux scientifiques. Cette expérience a également consolidé mes compétences en communication scientifique, en gestion de projet et en analyse des politiques publiques, notamment autour des dispositifs de médiation et de communication institutionnelle.
Quelle est aujourd’hui votre trajectoire professionnelle ?
Aujourd’hui, je suis directrice adjointe à la formation ingénieur à l’École pour l'informatique et les techniques avancées (Épita), accréditée par la Commission des titres d'ingénieurs (CIT). Je pilote la cohérence des parcours étudiants et des certifications tout au long du cursus. Mes missions couvrent les admissions, les équivalences, la Validation des acquis de l'expérience (VAE), les doubles diplômes, les échanges internationaux, ainsi que le suivi des stages et la supervision du respect du règlement des études. J’interviens également dans la coordination interservices et l’amélioration continue des processus de formation. Dans cette dynamique, je vais déployer un programme de communication dédié au cursus ingénieur, afin de renforcer la lisibilité du parcours, la valorisation des expériences étudiantes et la cohérence des messages auprès des différentes parties prenantes. Dans ce cadre, je porte une attention particulière à l’intégration des SIC, comme composantes essentielles du cursus ingénieur, contribuant au développement de compétences transversales indispensables à l’exercice du métier.