Nacer Boufenaya : Écriture du pouvoir et subjectivité fictionnelle. Enjeux discursifs, narratifs et idéologiques dans "La Dernière Nuit du Raïs" de Yasmina Khadra

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Type de manifestation
Soutenance de thèse
Date (smart)
-
Lieu
Salle des thèses (Thélème), Espace Rabelais, Campus universitaire du Saulcy, Metz
Organisateur(s)

Centre de recherche sur les médiations

Descriptif

Jury :

  • Mustapha Krazem (Université de Lorraine, Direction de thèse)
  • Hugues Galli (Université Bourgogne Europe, Rapporteur)
  • Cécile Narjoux (Université Paris Cité, Rapporteur)
  • Annabelle Seoane (Université de Lorraine, Co-direction de thèse)

 

Résumé : 

Notre travail de recherche, intitulé « Écriture du pouvoir et subjectivité fictionnelle : enjeux discursifs, narratifs et idéologiques dans La Dernière Nuit du Raïs de Yasmina Khadra », s’inscrit dans le champ des sciences du langage, à la croisée de l’analyse du discours, de la linguistique de l’énonciation et de la sémiotique textuelle. Il prend pour corpus principal le roman La Dernière Nuit du Raïs (2015), envisagé comme un dispositif discursif complexe où s’articulent subjectivité, mémoire, pouvoir et idéologie. À travers le choix de l’autobiographie fictive et de la narration à la première personne, l’œuvre met en scène les dernières heures de Mouammar Kadhafi, tout en interrogeant les conditions linguistiques et discursives de la représentation d’une figure politique historiquement et idéologiquement marquée. La problématique de cette recherche s’organise autour de cinq axes complémentaires. Le premier vise à interroger le choix de la narration à la première personne, en analysant la relation entre Kadhafi-personnage et Khadra-auteur, ainsi que la manière dont le pronom « je » devient un espace d’altérité, produisant une subjectivité fictionnelle instable. Le deuxième axe porte sur l’étude du point de vue et des procédés énonciatifs afin de montrer leur rôle dans la construction du dialogisme et de la polyphonie. Le troisième axe s’intéresse à l’interaction des discours au sein du récit, en mettant en évidence la coexistence et la confrontation de voix multiples. Le quatrième axe analyse la pluralité des idéologies, des formules et des styles discursifs, et montre comment leur imbrication confère au texte une dimension critique. Enfin, le cinquième axe examine la fonction des métaphores dans la persuasion discursive, en tant qu’outils de conceptualisation du pouvoir et de représentation de la désagrégation identitaire du personnage. L’hypothèse principale postule que La Dernière Nuit du Raïs repose sur une architecture discursive fondamentalement dialogique et polyphonique, mobilisant des procédés linguistiques et macros-textuels tels que le monologue intérieur, la fragmentation temporelle, la variation des points de vue et l’hétérogénéité énonciative. Le « je » narratif y apparaît comme une instance discursive problématique, croisant la voix du narrateur, celle de l’auteur et celles des discours sociaux, politiques et idéologiques préexistants. Une hypothèse complémentaire montre que la non-linéarité narrative, fondée sur les flashbacks, les réminiscences et les visions, participe à la mise en discours d’une mémoire fragmentée, révélant les tensions entre récit individuel et histoire officielle. Par ailleurs, la métaphore, envisagée dans une perspective discursive et cognitive, constitue un instrument central de construction idéologique. L’analyse s’appuie sur un cadre théorique pluridisciplinaire, mobilisant les travaux de Mikhaïl Bakhtine (dialogisme et polyphonie), Émile Benveniste (énonciation et subjectivité), Paul Ricœur (identité narrative et métaphore), Philippe Lejeune (autobiographie), ainsi que les approches de la linguistique du discours et de la pragmatique, notamment Ducrot, Rabatel et Lakoff et Johnson. La thèse s’articule en trois parties complémentaires. La première contextualise l’œuvre, l’auteur et la figure historique de Kadhafi, en analysant les choix discursifs et idéologiques du roman. La deuxième partie est consacrée à l’étude du « je » et de l’autobiographie fictive, mettant en lumière les enjeux de subjectivité, de dialogisme et de polyphonie. La troisième partie examine les discours et les métaphores comme mécanismes linguistiques de construction du sens et de l’idéologie. Dans son ensemble, ce travail propose une lecture heuristique du roman, révélant comment la fiction autobiographique permet de penser la subjectivité, la mémoire et le pouvoir dans un contexte idéologiquement chargé, tout en soulignant la richesse et la complexité des voix qui se croisent et s’entrelacent dans le texte.

 

Mots clés : Subjectivité fictionnelle, Énonciation, Dialogisme et polyphonie, Analyse du discours, Métaphores, Idéologie

 

Localisation

49.120789284366, 6.1662000417709

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