[Têtes chercheuses] Martin Baloge : origines, manifestations et conséquences du populisme en Europe

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Martin Baloge est docteur en science politique. Recruté au Crem en tant que chercheur post-doctorant, il participe à un consortium de plus de 15 institutions scientifiques européennes (H2020) dans le cadre duquel il est chargé de concevoir et mettre en œuvre une enquête interdisciplinaire sur les populismes en Europe.

Quel est votre parcours ?

Après une licence et un master en France (à Lyon et Paris) et en Allemagne (à l’Université Humboldt de Berlin), j’ai obtenu mon doctorat en science politique à l’Université Paris-1 Panthéon Sorbonne en 2016 au sein du Centre européen de sociologie et de science politique (CESSP). Ma thèse se concentrait sur l’étude des processus de représentation des intérêts sociaux à l’Assemblée nationale et au Bundestag durant les débats autour de l’impôt sur la fortune. J’ai ensuite été recruté par le CESSP en tant que chercheur post-doctorant pour participer au projet Alcov (financé par l’Agence nationale de la recherche) sur l’analyse du vote et de l’abstention aux élections présidentielles et législatives françaises de 2017. Il s’agissait de comprendre les évolutions des comportements politiques des citoyens français dans un contexte politique et démocratique incertain : abstentionnisme, montée des radicalités, défiance, émergence de nouvelles forces. Pour cette enquête collective associant cinq unités de recherche en science politique, nous avons conduit des entretiens auprès de citoyens de façon répétée durant plusieurs mois afin de mieux comprendre la construction de leur vote. En 2018, j’ai passé un semestre au département des sciences culturelles de l’Université européenne Viadrina de Francfort-sur-l’Oder (Allemagne) comme enseignant-chercheur invité. Puis, à mon retour en France, j’ai de nouveau été recruté comme chercheur post-doctorant par le CESSP afin de participer au projet de recherche « Ontologie et outil pour l’annotation des interventions politiques » (OOPAIP) en partenariat avec l’Institut national de l’audiovisuel (INA) qui visait à concevoir de nouvelles approches pour l’analyse détaillée des interventions politiques médiatisées en France. J’ai donc travaillé pendant un peu plus d’un an à la création d’Okapi, un outil de modélisation ontologique fondé sur un thésaurus d’événements (interruption, relance, contradiction, etc.) et de thèmes (politique, social, environnement, chômage, etc.) devant permettre, à terme, de faciliter l’annotation et l’analyse de corpus vidéo pour mieux comprendre les dynamiques d’interactions entre journalistes et élus à la télévision. Enfin, j’ai récemment été recruté par le Crem via un contrat postdoctoral pour participer au projet européen Demos (H2020) centré sur les populismes en Europe : « Democratic Efficacy and the Varieties of Populism in Europe ». Et cette inscription au sein du Crem et de l’Université de Lorraine me réjouit, notamment en raison de leurs nombreuses coopérations avec l’Allemagne (notamment avec l’Université de la Grande Région et son Center for Border Studies) et de leur intérêt pour l’étude des populismes comme on a dernièrement pu le voir avec la conférence de Marc Lazar organisée par l’École doctorale Humanités nouvelles-Fernand Braudel.

Pouvez-vous en dire plus sur vos recherches actuelles ?

Mes recherches actuelles se concentrent sur deux axes prioritaires. D’abord, le projet collectif Demos étudie selon une perspective comparée les diverses formes de populisme en France et en Europe, qu’elles relèvent d’une réelle idéologie ou d’une simple stratégie politique. Il implique une quinzaine d’institutions scientifiques européennes et plusieurs dizaines de chercheurs coordonnés par le Centre pour les sciences sociales de l’Académie hongroise des sciences. L’objectif est d’appréhender de façon aussi riche que possible les manifestations, les origines et les conséquences politiques et scientifiques des populismes en Europe. Il s’agit d’une enquête qui multiplie les terrains d’étude et les espaces d’investigation et nous mobiliserons plusieurs techniques : études de discours et de documents, entretiens semi-directifs, focus groups. Avec Nicolas Hubé, nous étudions par exemple les usages numériques des partis populistes à partir de leurs posts sur Facebook afin de constituer des bases de données. Nous rencontrerons des citoyens afin d’étudier les rapports au populisme, mais aussi des élus et des journalistes pour mieux comprendre les ressorts de la diffusion, des appréhensions et des pratiques populistes dans différents champs de l’espace social. D’ailleurs, nous nous retrouvons le 13 mars à Metz pour une journée d’étude issue de ce projet : Démocratie et populisme : des liaisons dangereuses ?

La seconde recherche à laquelle je participe, cette fois en qualité de chercheur associé, s’inscrit dans le prolongement du projet de recherche OOPAIP, en collaboration avec l’Université Paris-1 Panthéon Sorbonne et l’INA. Depuis plus d’un an, nous avons annoté un premier corpus d’interviews politiques matinales. Durant l’année 2020, nous projetons de créer un nouveau corpus et d’améliorer l’outil d’annotation numérique afin de le rendre plus efficace, simple et rapide. Pour l’instant, le découpage des entretiens par prise de parole se fait encore manuellement et reste donc très chronophage. Mais nous espérons pouvoir avancer sur l’automatisation afin d’accélérer le travail d’annotation. Notre objectif est de permettre à n’importe quel utilisateur de créer ses propres corpus et d’annoter ses interviews afin d’étudier les interactions entre élus et journalistes et relever ainsi le nombre d’interruptions, de relances, de demandes de précisions, de contradictions, etc. À terme, l’analyse statistique de ces corpus permettra d’étudier les formes de connivence, de collusion ou de distance entre ces acteurs médiatico-politiques.

Quels sont vos projets ?

Mon principal projet est de mener à bien cette nouvelle étude au sein du Crem. Durant un an, nous allons devoir réaliser des entretiens individuels et collectifs en différents lieux, mais aussi communiquer nos premiers résultats. Mon programme pour l’année 2020 est donc chargé ! Néanmoins, dans le même temps, je souhaite poursuivre mes travaux sur le parlementarisme allemand et l’émergence de l’extrême droite au Bundestag. Car l’entrée au Bundestag de l’Alternative für Deutschland (AfD) à l’issue des élections de 2017 – l’instaurant de fait comme le premier parti d’opposition en Allemagne – a constitué un réel tremblement de terre politique dont les conséquences sur l’institution parlementaire doivent faire l’objet de travaux plus approfondis. Ce sont là mes deux projets principaux pour l’année 2020 et au-delà. Sans oublier que, ayant été qualifié aux fonctions de maître de conférences en science politique et en sociologie, je compte proposer ma candidature pour les postes qui seront ouverts dans différentes universités.

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