Pratiques : "Oralité et littératie"

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Date limite de soumission

Plus de dix ans après un numéro de la revue Pratiques consacré aux travaux d’anthropologie du langage selon Jack Goody (Pratiques, 2006), il convient de faire le point sur les usages actuels de la notion de literacy et d’oralité, tant sur les plans didactique qu’épistémologique. Cette exigence scientifique et professionnelle n’est certes pas nouvelle dans la mesure où « dans le domaine de l’oral et de l’écrit, le linguiste se heurte constamment à des ambiguïtés terminologiques qui produisent soit des confusions fâcheuses, soit une certaine perplexité, voire un malaise profond » (Koch et Oesterreicher, 2001 : 584). On pourrait en dire tout autant dans le champ de l’anthropologie de la communication.

Aujourd’hui les termes d’oralité et de littératie – ce dernier surtout, avec l’acception commune de « culture écrite » – étant omniprésents dans le champ intellectuel et didactique mais souvent de façon dissociée, le numéro de Pratiques voudrait contribuer à interroger leurs articulations (leurs effets de belligérance) et pour cela, développera trois volets distincts :

  • Un volet épistémologique, où il conviendra de cartographier plus précisément les définitions sémiologiques, linguistiques et socio-symboliques des termes oralité et littératie (Goody ; Ong 2012) ; de même, on cherchera à y clarifier les distinctions entre oral et oralité, entre scripturalité et littératie. La discussion épistémologique fera l’étude critique des typologies qui font référence dans le champ de la recherche ou de la vulgarisation en linguistique, didactique et littérature, en fonction des objets de recherche (Bergounioux 2004). On s’interrogera notamment sur les enjeux (et les domaines) respectifs de ces typologies selon qu’elles choisissent de modéliser le couple oral/écrit ou bien oralité/scripturalité
  • Un volet d’applications pratiques (à dominante littéraire, linguistique, ou médiatique) portera sur les effets de la « belligérance » entre les deux régimes de l’oralité et de la littératie ; on y analysera leur mode d’articulation – d’hybridation – à partir d’analyses variées. Les exemples seront littéraires (Zumthor 1987) ou non, et pourront être empruntés à la culture numérique contemporaine. Les analyses présentées se montreront attentives aux formes de résistances – sociale, scolaire, voire anthropologique – à l’emprise de la culture écrite sur les rapports oraux au monde (Benveniste, 2012). La présentation d’exemples de pratiques langagières montrera par exemple ce qui « tombe dans la  trappe de la scription » (Barthes 1974), ou traduit des enjeux heuristiques et civilisationnels divergents (la berceuse chantée vs la berceuse lue). D’autres analyses pourront examiner les manières contrastées voire belligérantes de raconter (ou de conter) selon l’ordre de la raison graphique (lettrée) ou de la raison orale (coutumière) telles que mises en discours dans les littératures.
  • Un volet ouvert aux pratiques scolaires et à la didactique analysera des modes ou stratégies d’entrée dans la littératie dans ses formes graphiques et ses dispositifs symboliques (Langlois 2012 ; Laparra & Margolinas 2016). On pourra revenir à la question des normes et variations linguistiques quand il est question d’évaluer les productions langagières des élèves (qui écriraient comme ils parlent ?).

Repères bibliographiques succincts

BARTHES Roland [1974], 1981. « De la parole à l’écriture » Le grain de la voix, Paris, Seuil, p. 9-13 ; Œuvres complètes, Volume III, Paris, Seuil, p. 537-541.

BENVENISTE Émile, 2012. « Langue et écriture », Dernières leçons. Collège de France 1968 et 1969, Paris, Coll. Hautes Études, EHESS-Gallimard-Seuil, p. 89-135.

BERGOUNIOUX Gabriel, 2004. Le moyen de parler. Lagrasse, Verdier.

GOODY Jack, 1979. La raison graphique. La domestication de la pensée sauvage. Paris, Minuit.

KOCH Peter & OESTERREICHER Wulf, 2001. « Langage parlé et langage écrit », Lexikon der Romanistichen Linguistik (LRL), dir. Günter HOLTUS, Michael METZELTIN & Christian SCHMITT, Verlag, Tübingen, p. 584-627.

LANGLOIS Roberte, 2012. Les précurseurs de l’oralité scolaire en Europe. De l’oral à la parole vivante. Mont-Saint-Aignan, Presses Universitaires de Rouen et du Havre.

LAPARRA Marceline & MARGOLINAS Claire, 2016. Les premiers apprentissages scolaires à la loupe - Des liens entre énumération, oralité et littératie. Bruxelles, De Boeck.

ONG Walter J., 2014. Oralité et écriture. Paris, Les Belles Lettres.

Pratiques, 131-132. La littératie. Autour de Jack Goody. Numéro dirigé par Jean-Marie Privat & Mohamed Kara.

PRIVAT Jean-Marie, 2006. « Un habitus littératien ? », in Pratiques, 131-132, p. 125-130.

ZUMTHOR Paul, 1987. La lettre et la voix. De la littérature médiévale. Paris, Seuil.

Coordination du numéro

Jean-Marie Privat : jean-marie.privat@univ-lorraine.fr

Marceline Laparra : marceline.lapparra@univ-lorraine.fr

Annabelle Seoane : annabelle.seoane@univ-lorraine.fr

Caroline Masseron : caroline.masseron@univ-lorraine.fr

Calendrier

25 mars 2018. Dépôt d’une proposition d’article

25 avril 2018. Avis aux auteurs

25 mars 2019. Envoi des articles

25 avril 2019. Retour des expertises aux auteurs

30 juin 2019. Envoi des articles revus sur la base des recommandations faites

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